Le corset tombe aux oubliettes, le jazz explose, la silhouette s’étire et se libère. Les tissus se font souples, les tailles s’affaissent, les accessoires s’émancipent.
À Paris, la robe-chemise divise : certains ateliers s’y refusent, d’autres en font leur étendard, multipliant les motifs géométriques et les ornements métalliques. La fracture s’accentue entre les diktats de la haute couture et la réalité du prêt-à-porter, exposant des contradictions bien tenaces dans la diffusion des tendances.
Pourquoi les années 20 ont marqué un tournant dans l’histoire de la mode
La décennie s’ouvre sur une Europe marquée par la Première Guerre mondiale. Résistance et soif de changement se mêlent. Les années 1920, surnommées années folles, insufflent une énergie inédite à la mode féminine. Les corps se libèrent : les jupes se raccourcissent, les corsets s’éteignent, la taille s’efface. Enfin, les femmes s’habillent selon leur envie, sans concession ni soumission.
Le bouleversement social lié à l’engagement des femmes pendant la guerre rejaillit dans la rue et sur les vêtements. Les lignes anciennes se fissurent. Les vestes droites, les coupes garçonnes, les emprunts à la mode masculine font irruption dans le vestiaire féminin. L’audace s’affiche, du pavé aux bals, jusque sur les pistes de danse où résonne la Charleston.
L’Art déco infuse la garde-robe jusque dans les moindres détails. Les motifs géométriques, les lignes franches, l’éclat des matières réinventent la silhouette urbaine. Les créateurs jouent avec volumes, matières et contrastes. Les femmes imposent leur présence, leur allure, leur autonomie.
Voici ce qui façonne ce bouleversement :
- Émancipation : engagement social et conquête de nouveaux droits
- Influences : l’Art déco, la musique jazz, l’esprit du modernisme
- Évolution : passage d’une mode corsetée à une esthétique fluide et dessinée
Les silhouettes emblématiques : flapper, garçonne et l’influence de l’Art déco
Trois figures dominent la décennie : la flapper, la garçonne et l’influence magnétique de l’Art déco. Louise Brooks, Joséphine Baker : cheveux courts, robe à franges, lèvres soulignées. La flapper incarne la liberté. Robe courte, maquillage affirmé, sautoir de perles qui claque sur le tissu. Fumer en public ? Un acte de défi.
La garçonne, silhouette affûtée, s’impose. On la reconnaît à ses lignes nettes, sa robe droite, son chapeau cloche, sa coupe courte. Chanel, Charlotte Révyl, Premet : le style puise dans l’armoire des hommes et bouscule la tradition. La littérature s’en mêle, « La Garçonne » de Victor Margueritte devient une bannière.
L’Art déco laisse son empreinte jusque dans les fils et les perles. Motifs géométriques, symétrie, broderies stylisées. Les textiles s’illuminent de strass et de perles, les coupes se font franches. La robe Charleston, ses franges mobiles, ses matières souples, invite à virevolter.
Pour mieux distinguer ces trois styles, voici leurs principaux codes :
- Flapper : robe à franges, maquillage prononcé, longs accessoires, liberté revendiquée
- Garçonne : lignes droites, coupe courte, chapeau cloche, inspiration masculine
- Art déco : motifs géométriques, broderies raffinées, matières précieuses, élégance graphique
Quelles évolutions majeures la mode a-t-elle connues de 1920 à 2020 ?
La mode, terrain d’expression du présent, a traversé un siècle de révolutions. Dans les années folles, Chanel, Patou ou Suzanne Lenglen imposent la rupture : jupe-culotte, blazer, pantalon, cravate, tous issus du vestiaire masculin et adaptés au mouvement. Le corset s’éclipse, la robe droite s’impose, le noir devient synonyme d’élégance. Jean Patou popularise la tenue de sport, crée le maillot de bain moderne, habille la championne Suzanne Lenglen.
Les décennies suivantes inscrivent leur empreinte. Les années 40 imposent sobriété et rigueur, conséquences de la guerre. Les années 60 s’enflamment : couleurs vives, mini-jupes, émancipation. Les années 80, c’est le règne du power dressing : épaulettes, costumes structurés, affirmation des femmes dans le monde professionnel. Les années 90 et 2000 voient éclore le minimalisme, le streetwear et l’influence grandissante des réseaux sociaux et de la fast fashion.
En 2024, la mode converse avec les années 20. Les séries Peaky Blinders ou The Great Gatsby ravivent l’élégance rétro, les podiums s’emparent de la robe Charleston, les accessoires vintage signent les looks de soirée. L’histoire ne se répète jamais tout à fait, mais elle inspire sans relâche.
Intégrer l’esprit vintage des années 20 dans un style contemporain : conseils et inspirations
Les clins d’œil aux années folles séduisent toujours la mode actuelle. Un headband orné de strass, une barrette à plumes, un sautoir de perles : ces accessoires injectent un éclat rétro dans la garde-robe d’aujourd’hui. Les bijoux imposants, les perles, les boucles d’oreilles larges : l’accessoire ne se contente plus d’accompagner la tenue, il en dessine la personnalité. Un sac rigide, une minaudière à motifs géométriques et la silhouette adopte instantanément l’esprit Art déco.
Les imprimés géométriques, les tissus fluides, les coupes droites héritées de la robe garçonne se marient facilement avec des basiques contemporains. Il suffit d’ajouter une veste structurée sur un top léger, de superposer des chaînes longues sur une petite robe noire, de miser sur la symétrie. Chanel plane sur les collections : noir, blanc, épure élégante.
Pour vous guider dans ces associations, voici quelques inspirations concrètes :
- Pour une soirée Gatsby : misez sur les franges, les strass, un headband à plumes et un maquillage appuyé, bouche carmin et yeux soulignés.
- Pour un mariage années 20 : choisissez la robe droite perlée, les accessoires graphiques, la coupe bob ou le chapeau cloche, le sautoir double.
- Au quotidien : adoptez un détail Art déco sur une tenue épurée, comme une broche géométrique ou une pochette vintage.
Le vintage, là, s’invente chaque jour : la mode des années 20 insuffle toujours ce mélange inimitable d’audace, d’élégance et d’énergie à la scène contemporaine. Et demain, quels fragments de cette décennie fascinante renaîtront sous nos yeux ?


